Équité · 10 min de lecture · 2026-09-14

Comment répartir les gardes équitablement dans une équipe médicale.

Je ne suis pas gestionnaire de GMF. Je passe mes semaines assis à côté de celles qui le sont, à configurer des cliniques et à regarder leurs fichiers Excel. La chicane de gardes revient dans toutes les équipes, et presque toujours dans les mêmes mots : « c'est toujours moi qui fais les fins de semaine ». Les équipes où elle a fini par arrêter s'en sont sorties avec quelques lignes écrites sur une page, pas avec un meilleur calcul.

Par Kamel Gorieze

Cofondateur · produit et expérience utilisateur

En bref

Le vendredi, 16 h 40

La scène que je vois le plus souvent commence par un appel le vendredi en fin d'après-midi. Un médecin ne rentrera pas lundi. La gestionnaire raccroche et commence à appeler.

Le premier ne répond pas. Le deuxième est en congé. La troisième hésite, puis dit non. Vingt-cinq minutes plus tard, la sixième personne dit oui. Et dans à peu près toutes les cliniques que je visite, cette sixième personne est la même d'une fois à l'autre.

Ce oui-là ne s'écrit nulle part. Pas dans l'horaire, qui montre juste qui travaille lundi. Pas dans le compte de gardes, parce que la garde n'était pas à elle au départ. Nulle part, sauf dans la tête de la personne qui a dit oui.

Trois mois plus tard, elle dit qu'elle est tannée, et tout le monde est surpris. Une injustice que personne ne peut chiffrer, c'est celle qui dure : la personne qui la subit n'a rien à montrer, elle finit par se taire, puis par partir. C'est le plus silencieux des signaux qui apparaissent dans une grille avant un départ.

« Tout le monde en fait douze »

La première chose qu'on me sort quand je pose la question, c'est le compte de gardes : tout le monde en fait douze, donc c'est équitable. C'est le seul chiffre qu'un fichier Excel donne sans qu'on lui demande, alors c'est celui qui sert d'argument.

Sauf que douze gardes, ça ne veut rien dire tant qu'on ne sait pas lesquelles. Une garde de samedi enlève une fin de semaine complète, une garde de mardi enlève une soirée, et une garde de nuit enlève aussi le lendemain, parce que la clinique ouvre pareil.

Voici quatre médecins d'une même équipe sur un an. Les chiffres sont inventés pour l'exemple, mais la forme du tableau, je la vois partout.

MédecinSemaine, jourSoir ou nuitFin de semaineFériéTotalDemi-journées par semaine
Dre A3441128
Dr B7320128
Dre C223184
Dr D5331126

La colonne « Total » dit que trois des quatre ont fait la même affaire. Les colonnes de gauche disent autre chose : la docteure A a fait deux fois plus de fins de semaine que le docteur B. Et la docteure C, qui travaille la moitié du temps de la docteure A, en a fait presque autant qu'elle. Triez par nombre de gardes et la docteure C sort comme la plus ménagée des quatre, alors que c'est elle qui en donne le plus.

Ajoutez à ça les remplacements du vendredi après-midi, qui n'apparaissent dans aucune de ces colonnes, et vous avez le tableau qu'on présente en réunion pour prouver que tout est correct.

Ce que font les équipes où ça a arrêté

Devant un tableau de même, presque tout le monde propose la même solution : donner une valeur à chaque sorte de garde et équilibrer un total. Ça part d'une bonne idée. En pratique, la réunion se met à porter sur la valeur du samedi, elle dure trois rencontres et elle ne tranche rien.

Une colonne par sorte de garde

Pas un total, des colonnes : les fins de semaine sur une ligne, les nuits sur une autre, les fériés sur une troisième, et vous vérifiez l'équilibre une ligne à la fois. C'est plus grossier qu'un beau système de points, et ça marche mieux.

Une colonne de fins de semaine se vérifie en dix secondes. Trois, c'est trois, la discussion est finie. Une valeur de samedi, elle, ne se vérifie pas : elle se négocie, et il n'y a pas de bonne réponse au bout, juste une réponse que le monde finit par accepter de mauvaise grâce.

Les colonnes règlent aussi l'affaire du vendredi 16 h 40. Un remplacement va dans la colonne de la garde remplacée, au moment où la personne accepte, et le oui arrête d'être invisible. C'est une ligne de plus dans le fichier et ça change ce que l'équipe voit d'elle-même.

Un maximum, pas une moyenne

Les règles qui existent pour vrai dans les équipes sont des maximums. Pas plus d'une garde par semaine. Pas plus d'une fin de semaine sur trois. Jamais de clinique le lendemain d'une nuit. Des phrases courtes, que n'importe qui vérifie sans ouvrir de fichier.

Et il n'y a rien au-dessus de vous qui va le fixer à votre place. La loi ne dit rien sur la fréquence des gardes, selon la Fédération des médecins spécialistes du Québec, et la responsabilité de monter la liste de façon équitable revient à celui qui la monte. Si votre équipe n'écrit pas son maximum, elle n'en a pas, et la vraie limite devient celle que la personne la plus accommodante est prête à endurer.

Un maximum fait aussi quelque chose qu'une moyenne annuelle ne fera jamais : il protège tout de suite celui qui vit une mauvaise année. Celle qui a dit oui six fois de suite au mois de mars n'a pas besoin d'une promesse pour décembre.

Noël se règle au mois de juin

Noël ne s'équilibre pas à l'intérieur d'une année. Il y en a un seul, et il tombe sur une personne. Les équipes qui ont réglé ça l'ont réglé entre les années : qui l'a fait cette année ne le refait pas l'an prochain, l'ordre est écrit, et il est publié plusieurs années d'avance.

Les dates ne bougent jamais, ce qui rend la chose facile. Le Programme de financement et de soutien professionnel pour les GMF fixe les deux périodes des fêtes du 22 au 28 décembre et du 29 décembre au 4 janvier, à la section 4.6.1.1 de la version en vigueur à partir du 2026-04-01. Un tour de rôle sur trois ans s'écrit donc en une soirée, et le mois où il faut l'écrire, c'est juin. En novembre, ce n'est plus une discussion d'organisation, c'est une négociation entre des gens qui savent déjà ce qu'ils veulent.

La règle d'échange, écrite une fois

Quand je creuse une chicane de gardes, je tombe presque toujours sur une chicane d'échange. Qui a été appelé en premier. Est-ce que la garde échangée compte pour celui qui la donne ou celui qui la prend. Est-ce qu'on a le droit de troquer une fin de semaine contre un mardi. Trois questions à régler une fois, dix minutes à écrire, et la réponse à la dernière est généralement non, sinon vous venez de recréer le taux de change que les colonnes servaient à enlever.

La page qui sort de la réunion

Règles de garde, équipe de 14 médecins, révisées en juin 2026.

Le temps partiel change le classement

Une équipe de médecine familiale, ce n'est presque jamais quatre personnes à temps plein. Vous avez quelqu'un à quatre demi-journées, quelqu'un à six, quelqu'un qui revient progressivement d'un congé. Comparer des totaux bruts entre ces gens-là ne veut rien dire.

Reprenez le tableau plus haut. La docteure C fait quatre demi-journées par semaine et trois fins de semaine par année. La docteure A en fait huit et quatre fins de semaine. À temps égal, la docteure C en fait une fois et demie plus que sa collègue, et c'est elle qui a le plus petit nombre de gardes du tableau.

La correction coûte une colonne. Si personne ne l'a faite chez vous, c'est presque sûrement parce que le temps de pratique de chacun est écrit dans un autre fichier que l'horaire.

Les points, oui, mais après

Je ne dis pas que les systèmes de points ne valent rien. Ils servent à mesurer l'injustice sur plusieurs années, quand l'équipe devient trop grande pour que les colonnes se lisent d'un coup d'œil. Et il existe des chiffres là-dessus, pas juste des opinions.

Un programme de neurochirurgie américain a tenu le sien assez longtemps pour qu'on puisse le juger : 94 résidents suivis sur 22 ans, avant et après l'implantation. L'écart de charge entre eux a baissé et les dépassements d'heures sont passés de 34 % à 11,1 %, selon The American Journal of Surgery de juillet 2026.

Une autre équipe a mesuré l'effet d'automatiser la génération de l'horaire, dans Neurosurgery de juin 2024 : la variation entre les gardes a baissé de 70 %, et la proportion de résidents qui trouvaient l'horaire équitable est passée de 43 % à 95 %. L'horaire est devenu plus égal, et le sentiment d'équité a bougé deux fois plus vite que la mesure elle-même. Le monde pouvait enfin voir les chiffres, et ça comptait autant que les chiffres.

Une précaution avant de citer ça en réunion : les deux études portent sur des résidents en neurochirurgie, pas sur un GMF. Un résident ne peut pas refuser une garde et ses heures sont encadrées, ce qui n'est pas la situation d'un médecin associé dans votre groupe.

On a aussi vérifié comment un système de points se plante, avec un petit modèle d'optimisation : douze médecins, une consigne d'égaliser les totaux, et la meilleure réponse possible donne quatre gardes à deux médecins et une seule à un troisième. Le calcul est parfaitement correct et le résultat est impossible à publier. Il a fallu ajouter un maximum par personne pour retomber sur un horaire normal. Le code est dans notre article sur le sujet.

Autrement dit, servez-vous des colonnes et des maximums pour décider, et des points pour mesurer, si vous en voulez.

Deux affaires qui accrochent pareil

  1. Celle qui veut la fin de semaine. Il y a toujours quelqu'un qui préfère le samedi, pour la garderie ou juste parce que ça fait son affaire. Comptez sa garde à sa pleine valeur pareil. Une garde à rabais parce qu'elle faisait plaisir, c'est le meilleur moyen de décourager la seule personne qui vous rend service, et vous allez avoir besoin d'elle l'an prochain.
  2. Les années incomplètes. Le médecin qui arrive en septembre ne doit pas une année complète, celui qui part en mars laisse des colonnes dont personne ne sait quoi faire, et celui qui revient d'une longue absence se demande s'il doit rattraper. Décidez les trois cas à froid, d'avance, et écrivez-les sur la même page que le reste. C'est autant de négociations de moins le jour venu.

La réunion d'une heure

Tout ça se décide en une réunion. Voici l'ordre du jour.

  1. Faites la liste de vos sortes de gardes. Trois ou quatre, pas plus. Semaine, soir ou nuit, fin de semaine, férié. Au-delà, vos colonnes deviennent illisibles.
  2. Sortez les douze derniers mois, une colonne par sorte. Vous avez déjà l'information, elle est dans vos vieux horaires. Comptez les remplacements avec le reste, sinon vous repartez avec le même angle mort.
  3. Écrivez vos maximums. Pas plus d'une fin de semaine sur trois. Jamais de clinique le lendemain d'une nuit. Des phrases que n'importe qui vérifie sans ouvrir de fichier.
  4. Écrivez le tour de rôle des fêtes pour trois ans. Les dates ne bougent jamais, alors l'ordre peut être écrit d'avance. Faites-le en juin, quand le sujet n'intéresse personne.
  5. Écrivez la règle d'échange. Qui approuve, à qui la garde compte, et est-ce qu'on peut échanger entre deux colonnes. La réponse à la dernière est généralement non.
  6. Ramenez le temps partiel sur la même base. Divisez chaque colonne par le nombre de demi-journées travaillées avant de comparer quoi que ce soit. Le classement va changer.
  7. Datez la page et nommez qui la révise. Une règle sans date se renégocie à chaque désaccord. Une règle datée et signée se relit.

Ce qui sort de cette réunion vaut plus que le logiciel qui va l'appliquer. Une équipe qui s'est entendue sur ses colonnes et ses maximums suit ça dans Excel sans problème. Aucun logiciel, le nôtre compris, ne va produire cette entente-là à votre place.

Où Synchro intervient

Synchro applique les règles que le groupe a écrites au lieu d'en imposer. Les sortes de gardes et les maximums se configurent par équipe, les colonnes de chacun restent visibles par tout le monde avec leur date, et une garde qui se libère s'offre à tous les médecins admissibles en même temps, avec la trace de qui a accepté et quand. C'est ce dernier bout qui règle le vendredi 16 h 40 du début : le oui est enregistré au moment où il est donné. Le prix est affiché, 10 $ CAD par utilisateur par mois en facturation annuelle, premier mois gratuit, et notre page liste de garde explique le reste.

Les limites, tant qu'à être clairs. Tout ce que je viens de décrire se fait dans Excel, et bien des équipes le font très bien. Ce qui finit par lâcher là-dedans, c'est la mise à jour après chaque échange. Synchro ne contient aucune donnée de patient, ne remplace pas votre DME et ne calcule pas votre taux d'assiduité. Nos chiffres sont autodéclarés et viennent d'un seul GMF pilote. Et aucun logiciel ne va décider à votre place combien de fins de semaine par année c'est trop.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Comment répartir les gardes équitablement dans une équipe médicale?

En comptant chaque sorte de garde dans sa propre colonne au lieu de calculer un seul total. Une colonne pour les fins de semaine, une pour les nuits, une pour les fériés, et vous vérifiez l'équilibre une ligne à la fois. Ajoutez un maximum écrit, par exemple pas plus d'une fin de semaine sur trois, et un tour de rôle des fêtes qui court d'une année à l'autre. Ces règles-là se vérifient sans que personne ait à s'entendre sur ce que vaut un samedi, et c'est justement cette discussion-là qui n'aboutit jamais.

Est-ce que les remplacements de dernière minute comptent dans l'équité?

Oui, et c'est l'oubli le plus courant. La garde prise en remplacement le vendredi après-midi se retrouve rarement dans le compte annuel, parce qu'elle n'était pas à l'horaire au départ. Résultat : la personne qui accepte le plus souvent de dépanner est aussi celle qui a l'air la moins chargée sur papier. Inscrivez le remplacement dans la colonne de la garde remplacée, au moment où il est accepté.

Faut-il un système de points pour les gardes?

Ça sert à mesurer, pas à empêcher, et ça vient après les colonnes. Les systèmes de points fonctionnent quand une équipe les tient longtemps : un programme de neurochirurgie américain a suivi 94 résidents pendant 22 ans avec le sien et a fait passer les dépassements d'heures de 34 % à 11,1 %, selon The American Journal of Surgery de juillet 2026. Le problème d'un seul total, c'est qu'il laisse les sortes de gardes s'échanger entre elles : quatre gardes de semaine valent autant que deux gardes de fin de semaine, donc deux personnes peuvent afficher le même chiffre alors qu'une seule des deux a perdu ses fins de semaine.

Existe-t-il une règle sur la fréquence des gardes au Québec?

Non. La loi ne dit rien sur la fréquence des gardes, selon la Fédération des médecins spécialistes du Québec, et c'est le responsable de la liste qui doit la monter de façon équitable. Autrement dit, personne au-dessus de vous ne va fixer votre maximum à votre place. Si votre équipe n'écrit pas le sien, elle n'en a pas, et la limite devient celle que la personne la plus accommodante est prête à endurer.

Comment tenir compte des médecins à temps partiel?

Ramenez tout le monde sur la même base avant de comparer. Un médecin qui fait quatre demi-journées par semaine et trois fins de semaine par année en fait deux fois plus, à temps égal, qu'un collègue à huit demi-journées qui en fait trois aussi. Sans cette correction, la personne la plus chargée de votre équipe peut apparaître comme la plus ménagée, parce qu'elle a le plus petit nombre de gardes au total.

Un fichier Excel suffit-il pour suivre ça?

Pour le calcul, oui. Une colonne par sorte de garde, une division pour le temps partiel, et vous avez ce qu'il faut. Ce qui finit par lâcher dans un fichier Excel, c'est la mise à jour après chaque échange et chaque remplacement de dernière minute. Des colonnes justes le jour de la publication et fausses trois semaines plus tard, ça vaut moins que rien, parce que ça donne à une vraie injustice l'air d'un dossier réglé. Si vos colonnes sont à jour après chaque changement, votre fichier fait la job.

Sources publiques citées : Fédération des médecins spécialistes du Québec, page « Fréquence de garde », consultée le 2026-09-14, pour le silence de la loi sur la fréquence des gardes; Adegbenro TM, Bangash AH, Fluss R et coll., « The resident call points system: a quantitative framework for equitable workload distribution in neurosurgical training », The American Journal of Surgery, vol. 257, juillet 2026, article 116996, pour les 94 résidents suivis sur 22 ans et les dépassements d'heures passés de 34 % à 11,1 %; Porche K, Mohan A, Dow J et coll., « Automated and optimized neurosurgery scheduling system improves resident satisfaction », Neurosurgery, vol. 94, no 6, juin 2024, p. 1273-1281, pour la variation réduite de 70 % et la perception d'équité passée de 43 % à 95 %. Les deux études portent sur des programmes de résidence en neurochirurgie et non sur des GMF. Programme de financement et de soutien professionnel pour les groupes de médecine de famille, MSSS, en vigueur à partir du 1er avril 2026, section 4.6.1.1, pour les dates des deux périodes des fêtes. Le tableau des quatre médecins, la page de règles et les scènes décrites sont des exemples construits pour l'illustration, bâtis à partir de ce que nous voyons en clinique, et non des cas réels identifiables. Les résultats du modèle d'optimisation viennent de nos propres exécutions avec OR-Tools 9.15 le 2026-09-08. Les noms de produits appartiennent à leurs propriétaires respectifs et ce site n'est affilié à aucun d'eux.

À propos de l'auteur

Kamel Gorieze

Cofondateur · produit et expérience utilisateur

Cofondateur de Synchro. Il s'occupe du produit, fait les démos et configure les nouvelles cliniques.

Tous ses articles[email protected]

Voyez les colonnes de votre équipe.

Démo sur vos gardes, vos maximums et vos règles de repos, sans engagement.

Planifier une démo