Open source · 8 min de lecture · 2026-09-13

Existe-t-il un logiciel d'horaire médical open source?

Oui, mais probablement pas pour le problème que vous cherchez à régler. Trois choses différentes portent le nom d'horaire médical, et l'open source en couvre deux très bien : la prise de rendez-vous des patients et le moteur mathématique qui calcule une attribution. Celle du milieu, l'application qui décide qui travaille mardi matin et dans quel bureau, n'a plus de projet maintenu. Les trois qu'un palmarès vous recommandera encore cette année sont abandonnés, et on peut nommer la date de chacun.

Par Félix DeBlois-Beaucage

Cofondateur · développement

En bref

Trois logiciels différents portent le même nom

La question se pose presque toujours dans les mêmes termes, et la recherche ramène presque toujours la mauvaise famille d'outils. Un gestionnaire de GMF qui cherche un logiciel d'horaire médical open source veut savoir qui travaille mardi, dans quel bureau, et qui prend la garde du vendredi. Ce qui remonte, ce sont des systèmes de dossiers médicaux avec un module de rendez-vous.

Séparer les trois objets règle la moitié du problème avant même de télécharger quoi que ce soit. Le premier prend les rendez-vous des patients dans les plages d'un médecin déjà connues. Le deuxième décide de ces plages, en tenant compte des vacances, des journées d'hôpital, des bureaux disponibles et de l'équité des gardes. Le troisième est le calcul lui-même, la mécanique qui place trente personnes dans deux cents cases sans violer une règle. Les projets libres se répartissent très inégalement entre les trois.

Ce qui existe et qui fonctionne

La prise de rendez-vous des patients

C'est la catégorie la mieux servie, et de loin. OpenEMR, sous licence GPL-3.0, se décrit comme un dossier de santé électronique complet avec gestion de cabinet, prise de rendez-vous et facturation. GNU Health va plus loin encore. Adopté comme paquet officiel du projet GNU en 2011, distribué sous GPLv3 par GNU Solidario et bâti en Python sur le cadriciel Tryton, il tourne dans les systèmes de santé publique de l'Argentine, de l'Inde et de la Jamaïque, entre autres, et il a été déclaré bien public numérique. Des projets plus légers comme Easy!Appointments ou Cal.com couvrent la réservation seule.

Ces outils sont vivants, traduits, documentés et déployés à grande échelle. Ils répondent à la question de savoir à quelle heure un patient voit la docteure Tremblay. Ils ne répondent pas à celle de savoir pourquoi la docteure Tremblay travaille mardi plutôt que jeudi, ni qui reprend sa plage de sans rendez-vous quand elle se retire.

Le moteur qui calcule l'attribution

Ici, l'open source domine sans discussion. OR-Tools, la boîte à outils d'optimisation de Google distribuée sous Apache 2.0, contient le solveur de contraintes CP-SAT, qui règle un mois de rotation de gardes pour une douzaine de médecins en une fraction de seconde. Timefold Solver joue dans la même cour. L'équipe derrière OptaPlanner a repris le code en avril 2023 pour le poursuivre sous ce nom, et sa Community Edition reste sous Apache 2.0. Notre article sur le problème d'horaire médical comme problème de recherche opérationnelle publie un modèle CP-SAT complet et exécutable qui fait exactement ça.

Le malentendu commence quand on prend ces bibliothèques pour des logiciels. Un solveur reçoit un modèle que vous avez écrit et retourne une attribution valide. Il n'a pas d'écran, pas de comptes d'utilisateurs, pas de notification quand l'horaire change, pas de vue mobile pour le médecin qui veut savoir où il est mardi, pas d'historique de qui a accepté quel transfert. Ces morceaux-là représentent l'essentiel du travail, et ils portent sur la vie de l'horaire après sa publication, qui est l'endroit où les heures de gestion se dépensent réellement.

Les exemples fournis avec Timefold illustrent bien la distance qui reste. Le plus proche s'appelle Employee Scheduling et attribue des quarts à des employés selon leurs disponibilités et leurs compétences. Le seul exemple proprement médical du lot attribue des lits à des séjours de patients. Personne n'y trouvera une plage de sans rendez-vous, une garde pondérée ou un bureau partagé.

Ce qui n'existe plus : l'application d'horaire d'équipe

Entre le dossier médical et le solveur, il manque la pièce du milieu, celle qu'une gestionnaire ouvrirait le lundi matin. Trois projets ont occupé cette place et les palmarès de logiciels libres continuent de les recommander. Vérifier la date du dernier signe de vie de chacun prend cinq minutes et évite plusieurs mois de travail.

Staffjoy, déprécié depuis 2019

Staffjoy gérait l'horaire d'employés pour de petites entreprises et son code a été publié sous licence MIT au moment où l'entreprise fermait. Le dépôt affiche depuis septembre 2019 un avis indiquant que le code est déprécié. Une reprise existe, maintenue par un contributeur individuel. Bâtir l'horaire d'une clinique sur cette base revient à reprendre seul un logiciel de gestion de quarts conçu pour le commerce de détail, sept ans après son abandon.

TimeTrex Community Edition, discontinuée en 2024

C'est le projet que la plupart des comparatifs présentent encore comme la meilleure option libre pour l'horaire d'employés. La Community Edition, sous licence AGPL-3.0, offrait la gestion des présences, l'horaire et une paie compatible avec les règles fiscales canadiennes, sans limite d'utilisateurs. Son éditeur a annoncé sa discontinuation à compter du 2024-10-01, en précisant que la version existante continuerait de fonctionner mais ne recevrait plus de mise à jour ni de correctif de sécurité.

La nuance a du poids pour une clinique. Une application web exposée sur Internet, qui contient les coordonnées, les absences et les motifs de retrait de trente professionnels, et dont l'éditeur a déclaré publiquement qu'il n'y aurait plus de correctif, devient une décision à documenter plutôt qu'une solution par défaut.

OptaWeb Employee Rostering, plus maintenu

C'était la démonstration la plus aboutie du genre, une application web complète de rotation d'équipe, sous Apache 2.0, bâtie sur OptaPlanner par les gens qui écrivaient le solveur. Son dépôt annonce maintenant qu'il n'est plus maintenu et renvoie vers les exemples d'intégration du solveur dans votre propre application. Le moteur reste offert, l'application autour, vous l'écrivez.

Pourquoi personne ne maintient cette pièce

Un logiciel libre survit quand assez de gens ont le même besoin pour se partager l'entretien. La rotation d'équipe remplit cette condition et c'est pour ça que les solveurs vont bien. L'horaire d'un GMF québécois ne la remplit pas.

Nous avons recensé vingt-sept contraintes réelles dans un horaire de GMF, et vingt-deux d'entre elles s'écrivent à l'extérieur du groupe. L'offre de service minimale et sa répartition sur sept jours, les heures d'accès réseau qui varient selon le niveau du GMF, les douze heures d'AMP hebdomadaires des médecins sous quinze ans de pratique, la garde hospitalière publiée après l'horaire de la clinique, la transmission de toutes les plages de disponibilité à l'orchestrateur par un DME certifié par le MSSS : ce sont des règles québécoises, inscrites dans un programme de financement qui paraît en nouvelle version chaque année.

Un contributeur bénévole en Belgique ou en Inde n'a aucune raison d'encoder ça, et encore moins de suivre les changements annuels. L'écart entre un moteur de rotation générique et un horaire publiable dans un GMF est fait à peu près entièrement de ces règles locales, et c'est un travail d'entretien permanent plutôt qu'une contribution ponctuelle.

Ce que gratuit veut dire ici

La licence ne coûte rien, ce qui règle une ligne du budget et en ouvre plusieurs autres. Il faut un serveur qui tourne, des sauvegardes que quelqu'un a déjà testées en restauration, un certificat qui se renouvelle, des montées de version qui n'effacent pas les personnalisations, et l'application des correctifs de sécurité à mesure qu'ils paraissent.

Le poste le plus coûteux reste humain. Une base no-code souffre déjà du problème de la personne unique qui a tout bâti et qui seule s'y retrouve; une application auto-hébergée l'amplifie, parce qu'elle ajoute le système d'exploitation, la base de données et le code lui-même. Quand les règles changent en novembre, il faut quelqu'un pour rouvrir tout ça sans rien casser.

L'auto-hébergement déplace aussi la responsabilité au sens de la Loi 25. Les disponibilités, les absences et les motifs de retrait d'un médecin sont des renseignements personnels, et l'obligation d'en assurer la protection suit celui qui les détient. Héberger soi-même veut dire choisir où les données résident, ce qui est un avantage réel, et répondre seul de l'incident, ce qui l'est moins. Notre page sécurité et conformité décrit la position de Synchro sur ce terrain.

Quand l'open source est le bon choix

Il y a de vraies situations où c'est la bonne réponse, et un fournisseur qui prétend le contraire vous ment. Un établissement qui héberge déjà d'autres systèmes et dispose d'une équipe informatique interne a déjà payé la plus grosse part de la facture. Une organisation qui doit pouvoir désigner le serveur où résident ses données, auditer le code qui les traite, ou qui refuse par principe une facturation par utilisateur, trouvera dans le libre des garanties qu'aucun abonnement ne donne. Personne ne peut fermer le produit ni doubler son prix.

Dans ce cas, le chemin le plus court passe par le solveur plutôt que par la résurrection d'une application abandonnée. Modélisez un mois réel avec OR-Tools ou Timefold, sur vos vraies contraintes, et regardez ce qui sort. Notre comparatif Synchro et une solution maison détaille la suite, qui est la partie longue : l'interface, les comptes, les notifications, les transferts et les changements après publication.

Par où commencer si vous voulez évaluer sérieusement

  1. Nommez laquelle des trois choses vous cherchez. Prise de rendez-vous patients, horaire d'équipe, ou moteur de calcul. La confusion entre les deux premières explique la plupart des installations abandonnées après trois mois.
  2. Regardez la date du dernier commit avant tout le reste. Pas le nombre d'étoiles, pas la page d'accueil du projet. Un dépôt sans activité depuis dix-huit mois est une dette que vous reprenez à votre compte.
  3. Testez le refus, pas l'affichage. Placez sciemment deux médecins dans le même bureau à la même heure, puis inscrivez au sans rendez-vous quelqu'un que vous venez de mettre en vacances. Un outil qui enregistre les deux sans rien dire vous laisse le travail de relecture au complet.
  4. Cherchez les trois objets du métier. La plage de sans rendez-vous, la garde pondérée et le bureau partagé. Un quart générique avec une compétence requise ne les remplace pas, et leur absence se découvre habituellement après la migration.
  5. Chiffrez l'exploitation, pas la licence. Serveur, sauvegardes, montées de version, et le nombre d'heures par mois de la personne qui s'en occupe. Comparez ce total à un abonnement, pas zéro à un abonnement.
  6. Nommez la deuxième personne tout de suite. Quelqu'un d'autre doit pouvoir ouvrir le serveur et le code en septembre prochain. Si personne ne se propose, la question est réglée.

Où Synchro intervient

Synchro n'est pas un logiciel libre, et autant le dire franchement dans un article sur le sujet. C'est un service par abonnement à 10 $ CAD par utilisateur par mois, dont le code n'est pas publié. Ce qu'il apporte sur ce terrain est le travail que les projets abandonnés n'ont jamais fini : les objets du métier plutôt que des quarts génériques, avec les plages de sans rendez-vous, les gardes pondérées, les bureaux partagés et les transferts entre collègues avec la trace de qui a accepté et quand. L'attribution des bureaux et des activités s'appuie d'ailleurs sur CP-SAT, le même solveur libre qu'on recommanderait à quiconque veut écrire le sien. Dans notre GMF pilote de Saint-Hyacinthe, une trentaine de personnes gérées dans un chiffrier demandaient environ 30 heures de gestion par mois, corrections après publication comprises, et environ une heure avec l'outil. Ce sont nos mesures et non une moyenne du réseau.

Ce que Synchro ne fait pas : aucune donnée de patient n'y circule, l'outil ne remplace pas votre DME, qu'il s'agisse d'Ofys, d'Omnimed, de Medesync ou de Kinlogix, et il ne transmet donc rien à l'orchestrateur à votre place. Il ne produit pas votre liste d'AMP et ne calcule pas votre taux d'assiduité. Une clinique qui a la capacité technique de s'héberger et qui tient au contrôle du code a des raisons légitimes de choisir l'autre chemin.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Existe-t-il un logiciel d'horaire médical open source?

Oui pour deux des trois choses qui portent ce nom, non pour la troisième. La prise de rendez-vous des patients est bien servie par des projets vivants comme OpenEMR, sous licence GPL-3.0, et GNU Health, sous GPLv3. Le moteur de calcul qui attribue les personnes aux plages est excellent en open source, avec OR-Tools et Timefold Solver, tous deux sous licence Apache 2.0. L'application au milieu, celle qui monte l'horaire d'une équipe médicale et le publie, n'a plus de projet maintenu.

Quels projets open source d'horaire d'équipe ont été abandonnés?

Les trois que les palmarès recommandent encore. Staffjoy, sous licence MIT, affiche dans son dépôt que le code est déprécié depuis septembre 2019, l'entreprise ayant fermé. La Community Edition de TimeTrex, sous AGPL-3.0, a été discontinuée par son éditeur le 2024-10-01, qui a annoncé qu'elle ne recevrait plus de mise à jour ni de correctif de sécurité. OptaWeb Employee Rostering, sous Apache 2.0, indique dans son dépôt qu'il n'est plus maintenu et renvoie vers des exemples d'intégration du solveur dans votre propre application.

Un solveur open source suffit-il pour bâtir l'horaire d'un GMF?

Il règle le calcul, qui est la partie la plus courte du travail. OR-Tools et Timefold Solver reçoivent un modèle que vous avez écrit et retournent une attribution valide, souvent en une fraction de seconde. Ils n'ont ni interface, ni comptes d'utilisateurs, ni notification, ni vue mobile, ni historique des transferts entre collègues. Ce sont ces morceaux-là qui occupent une année de développement, et ce sont eux qui font vivre l'horaire après sa publication.

Pourquoi n'existe-t-il pas de logiciel d'horaire open source pour les GMF du Québec?

Parce que la partie générique est facile à partager et que la partie locale ne l'est pas. Un moteur de rotation d'équipe s'écrit une fois et sert partout. L'offre de service minimale, les heures d'accès réseau, la liste d'AMP, la pondération des gardes et la transmission des plages à l'orchestrateur par un DME certifié par le MSSS sont des règles québécoises qui changent au rythme des versions du programme de financement. Un contributeur bénévole à l'étranger n'a aucune raison de les encoder, et encore moins de les suivre chaque année.

Un logiciel open source coûte-t-il vraiment moins cher qu'un abonnement?

La licence est gratuite, l'exploitation ne l'est pas. Il faut un serveur, des sauvegardes vérifiées, un certificat, les montées de version et quelqu'un qui applique les correctifs de sécurité. Il faut surtout une deuxième personne capable d'ouvrir le code en novembre quand les règles changent. Pour une clinique sans ressource informatique interne, ces postes dépassent vite un abonnement; pour un établissement qui héberge déjà d'autres systèmes, le calcul peut pencher de l'autre côté.

Quand l'open source est-il le bon choix pour l'horaire d'une clinique?

Quand vous avez déjà la capacité technique et une raison précise de vouloir le contrôle. Une équipe informatique interne qui héberge d'autres systèmes, une exigence de choisir le serveur où les données résident, une volonté d'auditer le code ou un refus de la facturation par utilisateur sont des motifs solides. Dans ce cas, partez d'un solveur maintenu comme OR-Tools ou Timefold plutôt que de tenter de faire revivre une application abandonnée.

Sources publiques citées : dépôt GitHub openemr/openemr et son fichier de licence, pour la licence GPL-3.0 et la description du produit; site et documentation de GNU Health et GNU Solidario, pour la licence GPLv3 ou ultérieure, l'adoption comme paquet officiel du projet GNU en 2011, la base Tryton et les déploiements nationaux; dépôt GitHub Staffjoy/v2, pour la licence MIT et l'avis de dépréciation affiché depuis septembre 2019; annonce officielle de TimeTrex sur son forum, pour la discontinuation de la Community Edition sous AGPL-3.0 à compter du 2024-10-01 et l'arrêt des mises à jour et des correctifs de sécurité; dépôt GitHub kiegroup/optaweb-employee-rostering, pour la licence Apache 2.0 et l'avis indiquant que le projet n'est plus maintenu; documentation de Timefold Solver et dépôt TimefoldAI/timefold-quickstarts, pour la licence Apache 2.0 de la Community Edition, la reprise d'OptaPlanner en avril 2023 et la liste des exemples fournis; documentation d'OR-Tools, pour la licence Apache 2.0 et le solveur CP-SAT; Programme de financement et de soutien professionnel pour les GMF, MSSS, version du 1er avril 2026, pour l'offre de service, les heures d'accès réseau et la transmission des plages à l'orchestrateur par un DME certifié; Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels (Loi 25), pour la qualification des disponibilités et des absences comme renseignements personnels. Les heures de gestion citées viennent de nos mesures dans un GMF pilote et ne sont pas une moyenne du réseau. Les noms de produits appartiennent à leurs propriétaires respectifs et ce site n'est affilié à aucun d'eux.

À propos de l'auteur

Félix DeBlois-Beaucage

Cofondateur · développement

Cofondateur de Synchro. Il développe le produit et il est responsable de la protection des renseignements personnels.

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